Femmes : indépendance confisquée

Elles ont défilé ce 05 Juillet 1962, heureuses et insouciantes aux côtés des hommes, triomphantes après avoir aidé à mettre fin au joug colonial, rêvant d’un avenir prospère, d’un lendemain radieux où elles pourraient construire une Algérie meilleure aux côtés de leurs fidèles compagnons d’armes, les hommes. Elles ne se doutaient pas qu’elles allaient être trahies et que 55 ans après, leurs descendantes ne jouiraient pas de cette liberté durement acquise, qu’elles seraient prisonnières dans leurs propre pays.

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Un chiffre, 10 949

Hassiba Ben Bouali, Zohra Drif, Meriem Bouattoura, Malika Gaïd, Djamila Bouhired ou encore Djamila Bouazza,  vous avez sûrement dû entendre ces noms de combattantes célèbres qui reviennent souvent dans nos livres d’écoliers et dans les documentaires sur la révolution mais elles sont 10 949 femmes à avoir combattu pour la libération algérienne.

Sur tous les fronts

Durant la révolution, ces femmes étaient sur tous les fronts  pour arracher cette liberté tant convoitée, Elles ont été agents de liaison, infirmières, couturières, propagandistes, poseuses de bombes et combattantes, en ville ou au maquis, au même titre que les moudjahidine qu’elles accompagnaient.

Comme les hommes, elles ont fait preuve de courage et de détermination.

Comme les hommes, elles n’ont pas hésité à donner leur vie pour que nous soyons libres

Comme les hommes, elles ont été emprisonnées, torturées et condamnées

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55 ans après

Durant la révolution elles étaient donc bien là, aux côtés des hommes, les femmes étaient là et on avait besoin d’elles,  mais  aujourd’hui il semblerait qu’on ne veuille plus d’elles…

On ne veut plus les voir nulle part, ni sur les plages pour bronzer, ni au bureau pour travailler, ni à l’université pour étudier, ni même dehors pour simplement marcher, elles semblent être devenues encombrantes les guerrières d’hier.

Aujourd’hui l’Algérien est libre … libre d’harceler une jeune femme dans la rue qui n’a rien demandé à personne, libre de battre sa femme, libre d’insulter une inconnue, libre de photographier des femmes à la plage et de mettre leurs photos sur les réseaux sociaux pour les traiter de tous les noms, libre d’aller où il veut quand il veut et à l’heure qu’il veut mais la femme elle demeure prisonnière .

Cachez moi cette femme que je ne saurais voir

On ne veut plus les voir ces femmes, elles doivent se cacher, ou du moins cacher leur corps, cacher leurs cheveux, était Il question de se cacher durant la révolution ? Certainement pas, en ce temps là, il était question d’œuvrer tous ensemble main dans la main pour combattre l’ennemi.  Alors pourquoi aujourd’hui que nous devons être plus unis que jamais pour construire un pays digne de ce nom et rendre notre société meilleure, les hommes ne veulent plus nous tendre la main ? La yajouz disent-ils, el horma scandent-ils, el sotra martèlent-ils …

Hier, on avait besoin qu’elles sortent pour poser des bombes, aujourd’hui, c’est elles qui sont traitées de bombes et pour ça, elles doivent rester à la maison.

On demande à ce que la femme reste à la maison pour s’occuper de son mari et élever ses enfants, on le demande au nom de la religion et on n’hésite pas à sortir une panoplie d’absurdités pour justifier ces dires et les imputer à dieu.

On ne veut pas d’elle dans le monde du travail, car elle se mélangerait aux hommes et qu’il ne faut surtout pas se mélanger.  Elle arrache postes et promotions en travaillant dur mais pour les hommes, ces postes leur reviennent de droit car c’est eux les chefs de famille! Ils ne supportent pas de la voir réussir et rejettent cette concurrence professionnelle en disant qu’elle utilise ses atouts féminins pour réussir. Quelle diffamation !

On ne veut pas d’elle à la plage, car trop peu habillée à leur goût et à défaut de maîtriser leurs pulsions animales en détournant le regard, ils préfèrent proférer injures et propos haineux.

Peut-être fallait-il le dire plus tôt, peut être qu’elles ne seraient pas sorties ces pauvres femmes pour rejoindre le champ de bataille, elles n’auraient pas combattu, soigné, aidé, elles seraient restées là où est supposée être leur prétendue place de toujours : la maison.

Vers une révolution féminine ?

Aujourd’hui, 55 ans après l’indépendance, le combat des femmes n’est toujours pas fini, bien au contraire, il ne fait que commencer. Il semblerait qu’il faille faire une nouvelle révolution pour arracher à nouveau cette indépendance qui nous a été confisquée.

Elles comptent sur nous ces martyres tombées durant la guerre, elles nous observent de là où elles sont et soutiennent notre combat, à nous de nous soutenir les unes les autres pour faire front à l’obscurantisme et à l’extrémisme. A nous de continuer à occuper l’espace, d’étudier, de travailler, de nous élever dans la société, de ne pas accepter qu’on nous rabaisse ou qu’on nous empêche d’aller où bon nous semble, soyons unies et soyons partout !

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